Article du jeudi 15 avril 2010
Saint-Vulbas rêve d'Europe
Avec patrick Alcaraz et Laurent Béraud, le club de la petite cité villibadoise veut ramener la coupe d'Europe dans l'Ain.
Quel joueur français a gagné la coupe d'Europe avec un club italien du Piémont ? Michel Platini bien sûr en 1985. Mais aussi Patrick Alcaraz.
Le Villibadois a remporté le titre européen en boules, en 2005 avec le Ferrero Cirie : « C'est une petite ville à 20 kilomètres de Turin. Ils cherchaient un joueur coureur. Ça valait le coup. » « Platoche » s'est assuré gloire et argent avec la Juventus. Le bouliste de Saint-Vulbas rigole : « Bien sûr, il y avait un peu d'argent. Mais disons que ça ne m'a rien coûté. »
Patrick Alcaraz n'est pas un mercenaire. Les boules sont un à-côté pour cet ingénieur informaticien. Même pendant son escapade italienne, il était au boulot le lundi matin : « Je travaillais jusqu'au mercredi. Le jeudi, j'essayais de m'entraîner. Et le vendredi, je partais en Italie. Je rentrais le samedi dans la nuit. »
Pendant quatre ans, le Montilien d'origine s'est astreint à ce régime. Cela valait le coup sur le plan sportif : « Quand je suis arrivé à Cirie, nous avons tout gagné. Nous avons remporté le championnat d'Italie, la coupe d'Italie et la coupe d'Europe. Personne n'avait jamais fait ce triplé, même les grosses équipes italiennes. »
Ce coup d'éclat valut à Patrick Alcaraz une notoriété locale : « Le samedi, pas mal de gens nous reconnaissaient. Les boules, c'était important là-bas. On nous payait le café. »
Patrick Alcaraz pourrait avoir un palmarès continental plus étoffé. Par deux fois encore, en 2006 et 2008, son équipe de Cirie a disputé la finale. Et les deux fois, il a été battu par la CRO Lyon où officiait un certain Laurent Béraud.
Justement, « Lolo » évolue désormais à Saint-Vulbas : « Après cinq ans à la CRO, j'ai eu un petit litige avec Fabien Amar, qui voulait faire jouer son frère en quadrette. Du coup, je suis de retour à Saint-Vulbas, qui est mon premier club. J'y ai déjà joué cinq ans. Ce sont mes racines. »
Patrick Alcaraz et Laurent Béraud, qui ont triomphé sur les plus grands jeux, nourrissent encore de grandes ambitions pour cette saison. Les deux sont excités à l'idée de repartir sur la scène continentale.
Laurent Béraud confie : « La coupe d'Europe, c'est vraiment particulier. C'est une autre ambiance. Tu te déplaces loin, des fois devant un public hostile. (Sourire) Les Croates par exemple ont la voix rauque. Chez eux, il y a beaucoup de monde, des trompettes. C'est vraiment la fête. »
Patrick Alcaraz surenchérit : « C'est vrai que la coupe d'Europe, c'est plus joli. On se frotte à d'autres joueurs. »
Dès samedi, Saint-Vulbas entamera une nouvelle campagne européenne. La deuxième consécutive. Pour cette entame, c'est les Croates du Zrinjevac Zagreb qui se présentent au boulodrome du centre de rencontres, pour le quart de finale aller. Le retour aura lieu dans quinze jours.
Dans le sillage de ses deux leaders, le club villibadois peut nourrir quelques ambitions.
Fort de l'expérience vécue la saison passée, le capitaine Patrick Alcaraz se prend à rêver : « En France, il n'y a que la CRO qui a réussi à gagner cette coupe d'Europe. J'aimerais bien la ramener ici. L'an dernier, nous avons perdu en quart contre le futur champion, alors que j'ai la boule de la gagne au match aller. »
Laurent Béraud se verrait bien aussi aller jusqu'au bout : « (Rire) Si j'ai le choix entre le titre national et la coupe d'Europe, je prends les deux. Mais c'est sûr que la coupe d'Europe est plus glorifiante, surtout avec Saint-Vulbas où j'ai plus d'affinités. Et si on venait à gagner contre la CRO, ça me ferait encore plus plaisir, même si j'y ai des super-copains. »
Philippe Sévy
> LE PROGRAMME
Samedi 17 avril : Saint-Vulbas - Zrinjevac Zagreb (quart de finale aller de la coupe d'Europe).
Samedi 24 avril : Saint-Vulbas - CRO Lyon (finale du championnat de France).
Samedi 1er mai : Zrinjevac Zagrebl -Saint-Vublas (quart de finale retour de la coupe d'Europe).
Samedi 8 mai et samedi 15 mai : demi-finales de la coupe d'Europe.
Samedi 5 juin : finale de la coupe d'Europe à Biella (Italie).
«Sur le devant de la scène»
Jacques Faresse entraînait Saint-Vulbas jusqu'à l'an dernier. Devenu directeur technique national, il est le chantre de la coupe d'Europe Une coupe d'Europe avec quatre pays, ce n'est pas un peu prétentieux comme appellation ?
(Sourire) Une compétition de boules avec deux clubs italiens, deux français et deux croates, c'est forcément une compétition intéressante. Comme il n'y a pas beaucoup de tours, cela donne tout de suite des confrontations de haut niveau. La Fédération internationale vient aussi de créer une nouvelle coupe d'Europe avec plus de pays, comme la Suisse ou la Finlande. Si on compare avec la Champion's League de foot, souvent en quarts de finale, il ne reste que les clubs espagnols, italiens et anglais, soit trois pays. Quelle importance a la coupe d'Europe ?
Il y a peu de compétitions internationales : quelques tournois et les championnats du monde. La coupe d'Europe, c'est un moyen pour les joueurs français de se frotter aux meilleurs, dans un contexte différent. On voit leurs qualités et on peut juger de leur préparation. Vaut-il mieux gagner le Bellecour ou la coupe d'Europe ?
Les concours comme le Bellecour appartiennent au patrimoine. Ce sont des épreuves de masse. La coupe d'Europe ou les championnats du monde sont les compétitions sur lesquelles notre ministère de tutelle nous juge. C'est aussi bénéfique pour les clubs en terme de notoriété. Depuis deux ans, la coupe d'Europe met Saint-Vulbas sur le devant de la scène.