Article du jeudi 18 décembre 2008
Granaglia, légende éternelle
Le champion italien s’est éteint le week-end dernier à l’âge de 77 ans
Son cœur, fatigué, a fini par lâcher prise. Mais Umberto Granaglia ne quittera jamais la légende du sport-boules. La légende du sport en général, serait-on même tenté d’écrire, tant l’aura du champion italien, décédé samedi dernier à l’âge de 77 ans chez lui, à Buttigliera Alta dans le Piémont, a dépassé le simple cadre de sa discipline.
Or c’est certain : le temps n’aura pas de prise sur cette légende. Sacré, notamment, onze fois champion du monde quadrettes entre 1957 et 1980 (l’épreuve a existé, à intervalles irréguliers, de 1947 à 1991), l’homme aux mille victoires a tout gagné, battu tous les records. Joué des matches mythiques, bien sûr, comme ces deux finales de championnat du monde, en 1967 à Gap et en 1978 à Mâcon. A chaque fois contre la France menée par Bernard Cheviet. A une époque où les parties n’étaient pas limitées en points et en temps, la première, remportée par l’Italie de Granaglia 18-17, a duré 7heureset 23 minutes ! La deuxième, à peine plus courte (7heures et18 minutes), avait permis aux Bleus, vainqueurs 15-14, de prendre leur revanche. « Des finales comme celles-là, nous en avons en réalité disputé cinq pour plus de trente heures de jeu! », raconte Cheviet, autre légende qui fut « le » grand rival du Transalpin dans les années 60 et 70, ère glorieuse du sport-boules.
« Ces deux matches aux Mondiaux, une finale d’Euro à Genève, celle de Pentecôte à Lyon en 1972 et celle de Tunis en double en 1977. A cette occasion, je jouais avec Christian Berthet, et Granaglia avec Mario Suini. Nous avions gagné après 5heures30 de jeu », rappelle l’actuel joueur d’Aix-les-Bains, qui se souvient avoir rencontré Umberto Granaglia, «pour la première fois au Gentleman des Tournois de Pentecôte de 1961. J’avais 18 ans, et lui était déjà au sommet de son art ». Et de saluer le « professionnalisme » avant-gardiste de l’Italien qui, selon le « Maestro », « aimait pourtant bien les troisièmes mi-temps ». « Mais sur les jeux, il ne riait jamais », insiste Cheviet, seul représentant du sport-boules français, avec Manu Bilon et Christian Berthet, à s’être rendu aux obsèques du champion mardi en Italie.
Xavier Majorel, lui, est l’un des derniers à avoir affronté la star. « C’était au 256 quadrettes de Gap en 1988, sa dernière sortie officielle dans l’Hexagone », se souvient le joueur de la Cro Lyon. « Je faisais partie de l’équipe de France cadets, nous avions créé la surprise en atteignant les demi-finales et nous avions perdu contre l’Italie de Granaglia. Il était un mythe et restait très impressionnant, surtout pour des gamins comme nous. On avait du mal à être acteur du match, on avait plutôt tendance à rester spectateur devant lui ». Umberto Granaglia avait alors 57 ans, et se préparait à mettre un terme à sa carrière sportive. Pas à sa légende, qui ne s’éteindra jamais.
Sébastien Calemard